Ivresses bibliques : l'alcool dans la tradition juive

Substance merveilleuse des plaisirs les plus troublants, de la
magie, des rituels sacrés, de la sorcellerie et des guérisons miraculeuses,
de la consolation, du rêve et de la transe, l'alcool
accompagne l'humanité depuis la nuit des temps. Le monde de
l'Antiquité orientale voit dans le vin le nectar des dieux et des
déesses du panthéon céleste. Tout autre est la vision des chroniqueurs
et des sages de la Bible hébraïque, pour lesquels les
liqueurs enivrantes ne sont ni la substance fascinante de l'accès à
la prophétie et à l'extase, ni la boisson maléfique de Satan et de
ses ténébreux séides. À travers les récits de Noé, le premier
homme enivré de l'histoire, de Loth et de ses deux filles, où le vin
est la drogue de l'inceste, du culte idolâtre de Baal-Peor, avec ses
scandaleuses orgies d'érotisme sacré, de Judith tuant le tyran
Holopherne endormi par le vin, l'écriture antique des Hébreux
propose un tableau complexe et paradoxal de l'alcool, avec ses
joyeuses splendeurs et ses sombres aberrations. Un tableau qui
donnera lieu à des exégèses des sages du Talmud et du Midrash
puis, plus près de nous, à des décryptages des psychanalystes
contemporains.