Le désert de l'amour : de La vengeance de Narcisse au Désert de l'amour : les manuscrits et leur genèse

Le Désert de l'amour ouvre une nouvelle étape dans l'art romanesque
de François Mauriac, car il réussit à montrer, à travers la peinture de
«cet équipage embarqué pour la vie sur la même galère», le triste
sort des êtres vivant côte à côte et, pourtant, chacun dans son désert.
Le directeur de la NRF , Jacques Rivière, qui n'avait jamais été tendre
avec Mauriac, s'en est aperçu, car il écrit au romancier : «Cette fois,
vous y êtes tout à fait. C'est un roman, un vrai. L'oeuvre se détache
complètement de vous, et vit d'une vie personnelle. Tous vos personnages
sont établis dans tous les détails ; [...] l'action est bien partout
le propre des personnages [...]. Il y a aussi composition très remarquable».
Mauriac, de son côté, considère ce roman comme un enfantement
littéraire qui lui a coûté tous les efforts et toutes les souffrances d'un
véritable accouchement : «je l'ai tiré de ma chair ; j'aime ce livre
comme un enfant de ma chair ; on ne pourra pas l'insulter sans m'atteindre...».
L'édition génétique du Désert de l'Amour , dont Jacques Petit, l'éditeur
des O.R.T.C. de François Mauriac dans la «Bibliothèque de la Pléiade»,
n'avait retrouvé qu'une ébauche ( La Vengeance de Narcisse ),
témoigne de ces affres de rédaction et offre au lecteur la possibilité de
voir comment cet enfantement a été difficile, permettant, en même
temps, d'approfondir la connaissance de l'oeuvre à laquelle l'Académie
a décerné le Grand Prix du roman en 1926.