Le livre noir des journalistes indépendants

Derrière la façade prestigieuse des grands médias francophones de Belgique se développe
un «prolétariat intellectuel» dont le grand public ignore les incroyables conditions de travail et
leurs conséquences sur la qualité de l'information.
Revenus inférieurs au minimex, barèmes inexistants ou fixés à la tête du client, concurrence
effrénée, retards ou refus de payement du commanditaire, soumission absolue aux exigences de
l'employeur, textes commandés et jamais publiés... Voilà le sort que partagent de plus en plus
de journalistes indépendants, qu'ils soient rédacteurs, pigistes à la radiotélévision, photographes
ou caméramans.
Un journaliste belge sur quatre est indépendant, le plus souvent
par obligation et non par choix. Rêvant de trouver leur
place dans la presse, les futurs professionnels des médias
n'ignoraient pas que les emplois salariés étaient rares. Mais
bien peu imaginaient que «la liberté de la presse, fleuron
d'une société démocratique» dont se flattent volontiers les
éditeurs était aussi la liberté pour certains d'entre eux
d'exploiter une main-d'oeuvre abondante et fragilisée.
Ces indépendants ont décidé de témoigner. Recueillis par
l'Association des journalistes professionnels francophones
de Belgique (AJP-AGJPB), leurs récits veulent briser la loi du
silence, ouvrir en grand les coulisses des rédactions, dire ce
qu'ils gagnent vraiment et faire changer les choses.
Il n'y va pas seulement de leurs propres intérêts. La précarité
de leur statut, scandaleuse pour eux qui la subissent,
met aussi en danger le journalisme lui-même. Parce que la
liberté de la presse n'existe pas sans les conditions décentes
de l'exercer.