Le mal de s'aimer

«Est-ce toi ce corps inanimé, gisant sur un lit d'hôpital ? Est-ce
moi cet autre que je suis, interdit, suffoqué ? Nous sommes face
à face, le temps s'est arrêté, les heures ne passent plus, les signaux
sont éteints... Je me précipite vers toi comme si je me jetais dans le
vide. Je quête un frémissement de l'oeil, un tremblement des lèvres.
Le passé se déchire, l'avenir sombre.»
Ce livre se situe entre deux déchirures affectant la femme
aimée. La première fait suite à une fracture du genou, conséquence
directe d'une crise anorexique. La seconde, quarante ans plus tard,
est provoquée sur ce même genou par une opération courante qui la
plonge dans un coma profond.
Quelque temps après, le narrateur est atteint : «Lorsque j'avais
senti ma main droite s'affaisser soudain et pendre comme un poulpe
mort, j'avais compris qu'un temps venait de s'achever : les milliers
de mots qui étaient tombés de ma plume n'auraient plus de suite.
Ton genou ne courrait plus, ma main n'écrirait plus. Tes courses
étaient stoppées net. Mes paroles d'encre séchaient sur des papiers
froissés.»
«Nous sommes les mêmes et tout est différent. Les deux âmes
jointes qui se sont affrontées dans mon coeur échangent aujourd'hui
leurs douleurs et leurs affections... Il fut un temps pour l'une, il
est un temps pour l'autre. Un amour afflue, un autre reflue. C'est
toujours le même.»