Madame Du Deffand, 1696-1780 : la lettre et l'esprit

Qui mieux que Marie de Vichy, devenue à vingt-deux ans marquise
du Deffand, vérifia au long de son existence que, pour les femmes,
la gloire est le deuil éclatant du bonheur ?
Née en 1697, de noblesse bourguignonne, la jeune provinciale,
à force de charme et d'esprit, commença de conquérir Paris en
approchant de très près le Régent. Dans le salon qu'elle ouvre bien-tôt
au couvent Saint-Joseph, elle accueille tout ce qui possède alors
intelligence et talent. Dans la célèbre pièce couleur bouton d'or
s'empressent ainsi le duc de Lauzun et la duchesse de Luxembourg,
Montesquieu, d'Alembert et Voltaire, qui lui voua une amitié durable.
Mme du Deffand, son chat sur les genoux, parle peu et avec piquant,
écoute beaucoup, et surtout tient une correspondance d'une
inimitable justesse d'expression.
La vie mondaine et maîtrisée tourne au drame intime et poignant
lorsque, en 1753, Marie du Deffand entre dans la nuit. Tandis que
ses yeux n'entrevoient plus que des ombres, son coeur s'embrase
pour Horace Walpole, de vingt ans son cadet, et la femme de tête et
de raison subit jusqu'à l'extrême le tourment d'une passion impossible.
Alors, en elle, l'écrivain prend toute sa dimension d'humanité
et les Lumières laissent place aux feux et aux sanglots naissants de la
sensibilité romantique.