Otrante, n° 18. Jules Verne & la veine fantastique

Jules Verne est la plupart du temps présenté comme un spécialiste
du roman d'aventures, un romancier de la science ou un précurseur de la
science-fiction moderne.
Le centenaire de la mort de Jules Verne est l'occasion de sonder plus
avant une strate un peu oubliée de son oeuvre : la veine fantastique.
Verne était en effet un lecteur de Hoffmann et d'Edgar Poe, qui l'ont
beaucoup influencé : si un véritable fantastique vernien se développe en
marge des grands romans dans des nouvelles moins connues («Maître
Zacharius», «M. Ré-dièze et Mlle Mi-bémol», «Frritt-Flacc», etc.), il apparaît
nécessaire de questionner une éventuelle «dimension fantastique» des
Voyages extraordinaires. Nombreux sont à ce titre les romans qui débutent
par un mystère, un événement étrange, une énigme à résoudre ( Vingt mille
lieues sous les mers, L'Ile mystérieuse, Nord contre Sud, Maître du monde ), alors
que d'autres récits se plaisent à flirter avec le fantastique ( Les Indes Noires,
Le Château des Carpathes, Le Secret de Wilhelm Storitz ). De plus, les personnages
rencontrent souvent des scènes d'horreur, des cadavres ( Voyages et
aventures du capitaine Hatteras, Le Sphinx des glaces, Voyage au centre de la terre,
La Jangada ), et Verne excelle à mettre en scène le singulier, le bizarre ( Une
ville flottante, Hatteras, Mathias Sandorf ). La science est ainsi mise au service
non seulement de l'explication du monde mais aussi de l'exhibition de
l'étrange.
Ce numéro entend donc mettre en évidence l'importance et la diversité
de «l'inspiration fantastique» chez Jules Verne, une véritable veine, filon
précieux jamais tarie, à l'image du gisement des Indes Noires, une artère
irriguant peut-être le coeur secret de l'oeuvre.