Henri III : le roi décrié

Henri III fut de son vivant un souverain très impopulaire parce
qu'il ne correspondait pas à l'idée du roi de France telle que ses sujets
la concevaient. Il ne combattait pas en personne à la tête de ses
troupes ; on l'imaginait donc comme un prince pusillanime.
Il donnait la préférence aux activités intellectuelles sur les exercices
physiques ; on en concluait qu'il voulait mener une existence molle
et efféminée, d'autant que son extrême propreté corporelle étonnait
et scandalisait. Il entretenait à grands frais une cour brillante et faisait
peser une fiscalité écrasante sur les contribuables ; pour ses contemporains
le produit des impôts était tout simplement destiné à remplir
les poches de ses favoris, les mignons. Enfin, plus dévot que le plus
austère des capucins, il multipliait pèlerinages et pratiques pénitentielles
pour obtenir un fils et le salut du royaume ; ce n'était là,
croyait-on, que pure hypocrisie.
Pour l'historien, Henri III fut un prince épris de paix, soucieux
d'épargner à son peuple les horreurs de la guerre civile. Les fêtes de
cour, ballets et mascarades, devaient réconcilier catholiques et protestants
et, dans une optique néoplatonicienne, rétablir l'harmonie
détruite par les troubles. Il fut aussi un souverain réformateur,
désireux de remédier aux abus et aux dysfonctionnements de l'État
et de l'Église ; malheureusement la grande ordonnance réformatrice
de Blois (1579) n'a jamais pu être appliquée. Enfin, doté d'une réelle
intelligence politique, Henri III définit très clairement les conditions
nécessaires à l'extinction des guerres de Religion : donner un statut
aux huguenots (l'édit de Poitiers, modèle de l'édit de Nantes, y
pourvut dès 1577), reconnaître comme héritier légitime le protestant
Henri de Navarre, son cousin au 22<sup>e</sup> degré, et convaincre celui-ci de
rejoindre le catholicisme pour pouvoir régner légitimement sur la
France (il ne le fera qu'en 1593).