La balade de Jérémie Summer : Arcachon, Tegucigalpa, Lacanau, Carcans, Aragon, Paris, Viêt Nam

La rafale de noroît a claqué sec au revers de mon toit. Toute la maison frémit encore d'un remous de tempête.
Par la fenêtre entrouverte que l'averse gifle, me parvient la symphonie métallique du port, où, sous la bise mordante, s'entrechoquent et vibrent les étais, les drisses et les haubans d'acier des voiliers au repos.
Je suis triste.
Mille neuf cent cinquante-six...
Mains aux poches, bonnet jusqu'aux oreilles, je dérive sous la mousson. Lumières partout, gouttes d'eau qui piquent aux paupières, éblouissement et rigoles dans le cou.
Une fille me saisit le coude: petit visage lisse aux yeux inquiets, quémandeurs. La pluie lui plaque aux fesses sa longue jupe en soie de Hongkong, fond noir, dahlias jaunes. Elle est jolie.
- Mister, Monsieur, le Jardin des Prunus, you want?
"Ce dont il parle n'est pas une construction intellectuelle, mais celle d'une intelligence qui aurait les mains calleuses, à force de serrer ses semblables sur son coeur."
Michel Doussy