Slovo, n° 41-42. Les héritages culturels du XIXe siècle sous les régimes communistes

Les contributions qui composent ce volume abordent le
traitement réservé aux héritages culturels du XIX<sup>e</sup> siècle sous
les régimes communistes de l'Union soviétique et de plusieurs
pays d'Europe orientale et médiane entrés tour à tour dans sa
zone d'influence. Au fil de leurs analyses, les auteurs mettent
au jour des interrogations regardant l'histoire culturelle depuis
son versant institutionnel et sociopolitique et jusqu'en ses
dimensions artistiques et esthétiques, tout en conférant aux
problématiques abordées d'indispensables éclairages comparatistes.
Quels domaines, «grands hommes», séquences historiques,
canons et stéréotypes tirés du XIX<sup>e</sup> siècle se trouvent valorisés
(aux dépens d'autres) ? Comment se (re)définit la notion de
classiques et a quels objectifs et stratégies obéissent les
adaptations et transpositions dont ceux-ci peuvent faire l'objet ?
Qui sont les acteurs - idéologues, écrivains et artistes,
animateurs de la vie culturelle, instances du parti et de l'État...
- qui revêtent le plus de poids dans la promotion sélective de
valeurs empruntées au XIX<sup>e</sup> siècle ? Quelles politiques culturelles
président à la mise à l'honneur de cultures nationales
élaborées au XIX<sup>e</sup> siècle, et des formes de «traditionalisme»
qui les sous-tendent ? Quelles articulations sont proposées
entre tradition nationale et idéologie marxiste-léniniste dominante
- et dès lors quel sort est réservé, entre autres, au concept de
modernité ? Quelles peuvent être l'ampleur et la portée d'une
telle reviviscence, donnant parfois lieu à une véritable culture
de masse , laissant des empreintes durables sur le système
éducatif... ?
Ces interrogations conduisent immanquablement à se
pencher sur le pouvoir de légitimation accordé aux références
puisées dans ce XIX<sup>e</sup> siècle : sur les soubassements que ce passé
revisité est susceptible de fournir, en particulier, à l'idée de la
nation promue par ces régimes ; sur le fondement qu'il offre à
ce «patriotisme socialiste» que les concepteurs de la nouvelle
culture s'emploient à insuffler au «peuple», à égale proportion
de l'«internationalisme prolétarien» ; sur l'enjeu historiographique
qu'il a pu constituer et, dès lors, les manipulations
et détournements dont il a fait l'objet.
Issu d'un séminaire de recherche tenu en 2009 au Centre
français de recherches en sciences sociales de Prague, en
collaboration avec le CREE / Centre d'étude de l'Europe
médiane, ce recueil a été augmenté de plusieurs contributions
récentes.