L'Observatoire de la vie publique à Madagascar : d'une crise à l'autre, 2001-2013

Qualifié d'«île heureuse» dans les années 60, jouissant d'une estime que lui
enviaient bien des États africains, Madagascar a connu depuis lors une évolution
souvent incompréhensible pour un observateur étranger. D'où l'intérêt de cet
ouvrage qui éclaire, de manière originale et sans parti-pris, le fonctionnement
de la société malgache, notamment pour ce qui concerne la gestion des affaires
publiques, la démocratie et l'État de droit. Sont réunis ici les communiqués publiés
par le SeFaFi (sigle malgache pour Sehatra Fanaraha-maso ny Fiainam-pirenena -
Observatoire de la vie publique) de sa création en 2001 à 2013, fin de la Transition
ouverte en 2009. Se démarquant d'une société civile prisonnière du consensus et de
la sacralisation du pouvoir, le SeFaFi ne se contente pas de réagir à l'événement ; il
observe, analyse, interpelle si nécessaire, et fait part de ses recommandations dès
lors que la démocratie et de État de droit lui semblent être menacés.
Cette période est dominée par Marc Ravalomanana, allant de sa spectaculaire
prise de pouvoir en 2002 à sa démission anticonstitutionnelle et à sa fuite en
Afrique du Sud en 2009, pour s'achever avec l'interminable Transition dirigée par
Andry Rajoelina. La centaine de communiqués publiés par le SeFaFi au long de ces
années permet de mieux comprendre la succession d'événements dont la cohérence
échappe aux médias étrangers, voire même aux citoyens malgaches.
Au-delà des faits évoqués, cet ouvrage fait ressortir les maux structurels d'une
société en pleine mutation. Il suffit de mentionner la corruption de la sphère
dirigeante et l'impunité dont elle jouit ; l'instrumentalisation de la justice au
profit des puissants ; l'indifférence des dirigeants à l'égard de l'intérêt général et
la préoccupation exclusive de leurs intérêts particuliers. Bref, une classe politique
totalement déconnectée des réalités et des problèmes des citoyens, et une société
civile incapable de se mobiliser pour tenir tête aux dérives des politiciens.