Antenora

«Comme j'ai eu envie de les libérer, tous ces aïeuls d'enfance. Les
voilà enfin. Ils sont venus chez moi. Ils apparaissent un à un entre les
mottes de terre. Arrière-grand-père Offredo : présent. Arrière-grand-mère
Monda : présente. Trisaïeul Sauro Cerquaglia, soeurs Cerquaglia :
présents. Grand-père Gioacchino... Oncle Paolo, toi aussi. Venez,
on y va. On retombe tous en enfance. Tous avec moi dans le coucher
de soleil rouge des champs. Je marche en file indienne avec mon
bataillon bariolé d'ancêtres. Moi, en tête, avec une grande plume. En
avant ! Et le soleil apparaît discrètement à l'horizon, comme une hostie
qui glisse dans une enveloppe... Une voix hurle : et moi ? Toi aussi
tu es derrière moi, au bord du précipice d'une montagne épointée.
Grand-mère ! Présente-entre-ente-ente, répète l'écho dans la vallée
de travertin. Sauve-moi, ma petite-fille ! Si tu ne peux pas me faire
vivre, laisse-moi au moins renaître en toi.»
Après Écoute-moi (paru dans la collection «Pavillons» en 2004),
nous découvrons ici le premier roman de Margaret Mazzantini : à
travers le destin d'Antenora et de ses quatre fils, l'histoire poignante
d'une famille italienne au cours du XX<sup>e</sup> siècle, confrontée aux
épreuves de la guerre, du fascisme et de la déroute de l'après-guerre.