L'année 1925 : l'esprit d'une époque

«Il y a des dates qui comptent, d'autres qui tombent en
poussière.» À la manière de 1900 qui selon Paul Morand
fêtait les noces d'or du passé et de l'avenir, l'année 1925 s'est
imposée à la mémoire collective comme une année mythique.
Entre l'armistice de 1918 et la crise de 1929, les années vingt,
profondément marquées par la Grande Guerre, présentent un
singulier mélange de désarroi, de révolte et de frivolité.
Soutenus par un développement sans précédent des transports
et des médias, l'éloge de la vitesse et le «bel optimisme des
machines» cher à Blaise Cendrars se diffusent comme des mots de
passe. Sous le signe du jazz, la mythologie de ces «Années folles»
se forge au Boeuf sur le toit autour de Jean Cocteau, tandis que
Fantômas et Charlot, la garçonne de Victor Margueritte et Coco
Chanel, la Lulu de Pabst et d'Alban Berg, la Nadja d'André Breton,
tendent leurs miroirs aux incertitudes du temps. Au «nouveau mal
du siècle» font réplique, ici, un renouveau de l'aventure et, là, un
regain de la spiritualité.
1925 marque un apogée et un tournant. Deux manifestations
dominent la saison à Paris : la Revue nègre au Théâtre des Champs-Élysées,
avec Joséphine Baker et Sidney Bechet, et l'Exposition
internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes - les Arts
décos - qui va définir le style de l'époque. Caractériser l' esprit de
1925 sur un plan international, dans les arts comme en littérature,
faire apparaître le fragile équilibre de ses tendances et de ses
tensions, interroger dans ses contradictions l'appel à un ordre
nouveau, telles sont les ambitions du présent ouvrage.