Marcher est ma plus belle façon de vivre : notes éparses

Les livres naissent bien avant l'écriture. C'est
certitude. Je vivais alors dans le Nord du Mali.
Des phrases montaient en moi que je ne retenais pas.
C'était plutôt un chant, des psalmodies. Mes petits
livres dansaient déjà autour des feux. Ils venaient
lentement sous ma main puis repartaient vers un désert
plus grand. Me fascinait cet étrange théâtre dont je
mesurais si mal la portée. J'habitais chez un homme qui
eût pu être mon père. J'avais pour maison sa terrasse
et, pour toit, des étoiles. Cet homme était l'oncle d'un
ami, d'un frère. Tous les dés étaient jetés autour des
lampes lorsque nous conversions avec des nomades de
passage à la maison. J'aimais mes carnets recouverts
de poussière, la fragilité de leurs pages, de chacun de
mes jours. J'aimais déjà ce qui allait surgir plus tard,
presque à mon insu. J'aimais cette vie aventureuse, les
rencontres qu'elle me procurait.
Joël Vernet