Nature(s) morte(s)

«Curieux des mystères de la nature depuis toujours, j'avais pris l'habitude,
tout enfant, de ramasser ce que je trouvais intéressant lors de mes
randonnées. Ici un crâne, là un coquillage, ailleurs une roche ou une mue de
couleuvre. Je disposais d'une vitrine pour exposer mes trésors, dûment étiquetés.
C'était mon petit cabinet de curiosités.
Un jour, mon père me rapporte le cadavre tout frais d'un roitelet huppé,
très joli petit oiseau. Comment le conserver dans ma vitrine ? [...] Je vais
donc le dessiner, comme j'ai appris en classe de sixième au cours de sciences
naturelles. Et c'est ainsi, à quatorze ans, que je me suis lancé sans le savoir
dans une aventure qui allait pimenter ma vie entière.
Mais le dessin au crayon des oiseaux ne pouvait rendre compte de la
richesse des couleurs. Et c'est ainsi que, à dix-huit ans, je suis passé à la
gouache, avec une boîte de couleurs en godets comme en ont tous les
enfants. Je suis resté fidèle à ces boîtes de peinture tout au long de ma vie.
N'étant pas artiste mais seulement naturaliste, je me limitais au "dessin d'imitation",
en ne peignant que l'animal, puis des champignons, sur fond blanc
ou noir. Et je tenais par-dessus tout à les reproduire à l'échelle réelle, pour
respecter la vérité physique.»
Roger Cans