Recherches sur l'imaginaire, n° 34. L'imposture dans la littérature

L'imposture est une forme de tromperie qui consiste à se faire passer pour
ce qu'on n'est pas, sorte de mimétisme ou d'imitation qui peut être perçue
comme une mystification.
Pour la pensée médiévale qui médite sur la formule de la Genèse : «Dieu a
fait l'homme à son image et à sa ressemblance», il était sacrilège de changer
d'apparence et l'imposteur était perçu comme l'incarnation même du
démon. Les imposteurs dans la littérature prennent d'ailleurs souvent, de
Tartuffe à Faujas et à l'abbé Cénabre, l'aspect du prêtre perverti qui détourne
la foi à des fins personnelles pour dominer autrui.
Ce livre montre comment la littérature française du XIX<sup>ème</sup> et du XX<sup>ème</sup>
siècle présente l'Histoire de façon récurrente comme le règne généralisé de
l'imposture dans une civilisation en déclin. Mais si la satire de la société
consiste souvent en une déclinaison des impostures dont elle est le théâtre,
l'époque romantique met en scène des contre-imposteurs qui usent des
armes de l'imposteur pour mieux le démasquer. Les exemples en sont
nombreux dans la littérature populaire, du Comte de Monte Christo à Lagardère,
véritables héros du bien devenus les instruments de la justice
transcendante.
L'usage du pseudonyme en littérature peut apparaître comme une autre
imposture, surtout quand il s'agit d'autobiographies fictives évoquant la
shoah et dénoncées comme exploitations commerciales du génocide.
Plus généralement, la littérature de fiction tout entière ne pourrait-elle apparaître
comme une imposture ? Pour l'éviter, il importe que le lecteur moderne
ne soit plus leurré mais devienne le complice du jeu littéraire apte à
utiliser les armes de la fiction pour démasquer le mensonge des apparences.