Passagers clandestins

Et Noé entra dans l'arche avec ses fils, sa femme et les
femmes de ses fils, pour échapper aux eaux du déluge.
"Rien ne s'est passé comme on nous le raconte, écrit
Timothy Findley, tout le monde le sait. D'abord, on
voudrait nous faire croire qu'il n'y a jamais eu de querelles
ni de mouvements de panique - personne n'aurait
été piétiné, aucun animal n'aurait hurlé, aucun être
humain n'aurait poussé de hauts cris. (...) On voudrait
aussi nous faire croire qu'il n'y a pas eu le moindre sentiment
d'effroi - que Noé et ses fils, détendus à la
poupe, sirotaient du porto et fumaient un cigare sous
un auvent de toile rayée de bleu et de blanc, arborant
probablement casquettes de yachtmen, pantalons de
coutil blanc et blazers. Que Mme Noyes et ses belles-filles
remontaient la passerelle à pas légers, apprêtées,
pomponnées et bien au sec sous leurs parapluies, se
retournant pour crier : «Au revoir, tout le monde !» Et tous
leurs amis de répondre : «Bon voyage !»"
Cinquième roman de Timothy Findley après le bouleversant
Dernier des fous et avant le magistral Chasseur de
têtes, Passagers clandestins est la réécriture de deux mythes
fameux de la Genèse. Dans cette fable néo-fantastique
publiée en 1984, l'auteur, soucieux avant l'heure de biodiversité,
pourfend allégrement des croyances multimillénaires
et s'en prend à la figure du patriarche, Noé, être
tyrannique et cruel. Face à lui, le personnage rebelle et
sympathique de son épouse alcoolique et fantasque qui a
choisi le camp des exclus, not wanted on the voyage , indésirables
à bord.