L'ordre des caïds : conjurer la dissidence urbaine au Caïre

L'ordre des caïds : conjurer la dissidence urbaine au Caïre

L'ordre des caïds : conjurer la dissidence urbaine au Caïre
Éditeur: Karthala
2005322 pagesISBN 9782845866386
Format: BrochéLangue : Français

Depuis une trentaine d'années, la dissidence urbaine est l'un des

scénarios récurrents des dérives du politique dans le monde arabe :

guerre de milices au Liban où les identités de quartier se marquaient à

coup de tranchées dans les années soixante-dix, bandes imposant leur

loi dans les «ceintures de pauvreté» cairotes lors de la décennie suivante,

furie destructrice de la seconde guerre d'Algérie qui s'empara

des zones sinistrées des grandes villes dix ans plus tard. Allant de mal

en pis, «la banlieue» dans le monde arabe semble toujours plus incontrôlable

et fuyante. Pauvreté et atavisme obligent, elle serait par excellence

la terre d'élection pour les appelés de l'islam radical.

A la tête des élans rebelles des bas quartiers, on trouve toujours le

caïd. Maître chez lui, héros toujours un peu crapuleux, dépositaire de

l'honneur du petit peuple, il est historiquement prédisposé à la geste

séditieuse et à la protestation sociale qui, avec ou sans islamistes, a toujours

emprunté au vocabulaire de l'islam. Pourtant, «l'ordre du caïd»

est un peu plus contrasté, à l'image du personnage lui-même et du rôle

que lui confient les opportunités politiques du moment : patron toujours,

souvent voyou, militant parfois, le caïd sait aussi, à l'occasion,

être notable. Dans ce rôle, il est d'ores et déjà une pièce centrale des

nouveaux dispositifs de contrôle politique émergeant avec la poussée

néo-libérale dans la région et particulièrement en Égypte, sujet du présent

ouvrage.

Ainsi réajusté, «l'ordre du caïd» signe pourtant moins la victoire

de l'État sur l'islamisme et les bandes que la richesse politique des

«cultures de pauvreté». Car la loi régissant le quartier, qu'elle soit

islamiste ou étatique, a toujours été en partie celle du caïd, flexible de

nature mais jamais inféodé à quiconque, preuve, s'il en est, que la politique

se construit aussi par ceux d'en bas et que, sous le joug de l'injustice,

la banlieue peut échapper au dilemme maudit de la soumission ou

du sang.

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