La vie de bastringue

Le narvalo et le « Turc » étaient juste assez différents pour se compléter. D'ailleurs, au-delà des humeurs, ils avaient les mêmes crève-coeurs. Le même mal du siècle qui les avait soudés sans le savoir. Ce mal de naître, de n'être rien, de n'avoir rien, si ce n'est cet orgueil ordurier, gonflé à coup de pompes, et cette télévision dépravée pour leur faire miroiter des destins dégueulasses.
Comme tous ceux de leur génération, Andy et Yunus n'avaient pas eu leur révolution ; juste l'égotisme musical. Pas de dieu pour maudire un quelconque responsable. Aucun guide pour modèle, même politique, donc personne à remercier, encore moins à combattre, pour devenir braves. Méprisés, ils avaient ce sentiment atroce d'être les orphelins de l'Histoire au futur avorté ; comme s'ils étaient des vauriens par essence, des vivants interdits, indésirables, qui malgré tout voulaient tout, sans même savoir pourquoi.