L'écriture poétique comme patrimoine immatériel de l'humanité

L'écriture poétique comme patrimoine immatériel de l'humanité
Loin de réduire la poésie à l'expression de la beauté du sublime, l'auteur la renvoie à sa source : à la prosopopée que G. d'Humboldt décelait en toute parole. Car l'anthropologie contemporaine du langage a découvert que cette dernière rendait possible la vie de l'être humain : en faisant parler le monde, celui-ci se rend en effet apte à le voir, à s'y mouvoir et à y agir. La prosopopée poétique qui transite à travers son écriture donne accès au bonheur qu'y décrit le poète, à la façon dont la voix de la mère nous a bercés en son sein. Elle recueille donc en elle la quintessence de cette dernière : sa capacité à nous ouvrir une vie aussi heureuse que celle que nous promet le plaisir pris à l'énoncer et à l'écrire.
Le cas des poètes du Minas Gerais n'est pas un cas à part, mais il est paradigmatique de toute poésie et c'est comme tel qu'il importe à Lucas Guimaraens : il donne une voix à l'âme personnelle du poète comme à l'âme d'un peuple qui semblait ne plus en avoir et va jusqu'à abriter des pépites afro- américaines ou amérindiennes qui ne chantent elles-mêmes que la déréliction de leurs auteurs. Cette capacité de la poésie à faire se réjouir ses lecteurs du simple bonheur de vivre au sein des malheurs les plus insupportables, l'a incité à prêter son oreille la plus disponible aux poésies chantées, qu'on réduit d'habitude à des chansonnettes qui ne feraient que nous plaire sans nous parler véritablement de nous-mêmes. Le cas du Clube da Esquina autour de Fernando Brant et de Tavinho Moura illustre l'importance pour l'humanité des poèmes chantés d'émancipation.