Les écritures textuelles des théâtres d'Asie : Inde, Chine, Japon

On considère principalement les théâtres classiques d'Asie sous l'angle de la
scène. Les formes mises en jeu répondent à des techniques, relativement codifiées,
que l'on pourrait considérer comme des écritures, des «écritures scéniques». Il
ne faut pas omettre pour autant que ces théâtres sont sous-tendus par des textes,
qui supportent l'entrelacement des expressions comme une trame soutient une
broderie, des «écritures textuelles».
La richesse de leurs langages dramatiques apparaît dans les analyses des
pièces indiennes, chinoises et japonaises présentées dans ce livre. Ce langage est
différent de notre langage dramatique, n'étant pas passé par le pli aristotélicien. Sa
spécificité nous invite à une réflexion sur l'écriture théâtrale et son fonctionnement
dans des cultures différentes des nôtres. Comment pense-t-on «autrement» le
texte théâtral, quelles pensées se développent autour du théâtre en Asie ? Le
voyage n'est pas différent de celui auquel nous conviait Roland Barthes au début
de L'Empire des signes , dans le chapitre «La langue inconnue» :
défaire notre «réel» sous l'effet d'autres découpages, d'autres syntaxes ; découvrir
des positions inouïes du sujet dans l'énonciation, déplacer sa topologie ; en un mot,
descendre dans l'intraduisible, en éprouver la secousse sans jamais l'amortir, jusqu'à ce
qu'en nous tout l'Occident s'ébranle et que vacillent les droits de la langue paternelle,
celle qui nous vient de nos pères et qui nous fait, à notre tour, pères et propriétaires
d'une culture que précisément l'histoire transforme en «nature».
C'est à ce voyage que nous invite le présent ouvrage.