La petite fille aux Walalas : récit

Parce que la Petite entretient sous la table d'extravagantes conversations avec les êtres singuliers qui peuplent sa tête et qui répondent au nom de Walalas ; parce que des courants de rires et de larmes lui soufflent sans répit d'irrépressibles (dé)raisons de faire des bêtises; parce que ses parents rentrent tard de leur travail et qu'elle dort presque chaque nuit chez sa grand-mère, qui soupire de fatigue sous ce surplus d'amour venu avec l'âge... Grand-mère estime qu'il serait judicieux que la Petite apprenne le piano.
Et parce que, justement, la Petite commence sa nouvelle vie, celle de son âge à deux chiffres; parce qu'elle vient de décider, toute seule, soutenue par un choeur de Walalas impressionnants de gravité, qu'elle renonce à jamais à ses jeux de garçons; parce que la maîtresse de piano est belle comme une jonquille ; parce que du grenier on va descendre le piano de Grand-mère,... arrive enfin le jour où elle pénètre dans la musique-cathédrale si vaste, si élevée, si radieusement immatérielle, que le silence, qui la contient toute, en est illuminé de l'intérieur...