L'Oudropo,, : anthologie 2013-2017

Ouvroir de Droit Potentiel
Anthologie 2013-2017
Qu'est-ce que l'Oudropo,, ? L'idée de créer un Oudropo sur le modèle de l'Oulipo
(Ouvroir de littérature potentielle qui existe depuis 1960) est venue après quelques
mois d'existence d'un séminaire doctoral de théorie du droit regroupant chaque
année une quinzaine d'étudiants. Il s'agit donc d'un OuXpo (un ouvroir potentiel
d'une discipline X, il existe des ouvroirs en matière de musique, de cinéma,
d'architecture, etc.). C'est en septembre 2013 que l'on peut situer la naissance de
l'Oudropo,, ( Openpolaw en anglais) ainsi que celle du site internet éponyme
(Oudropo.com). Le Manifeste rédigé en 2014 dispose à l'article 2 : « À l'aide d'une
contrainte librement choisie, il sera créé du droit : norme, acte, lien, prérogative
ou personne juridique ». L'Oudropo,, est donc un espace d'inventivité juridique et
de théorie du droit. Il s'agit bien de générer du droit à l'aide de contraintes que les
membres se fixent à eux-mêmes.
L'Oudropo,, se déploie, sous l'égide bienveillante de Camille Porodou, selon deux
axes de créativité, un axe interprétatif et un axe compositionnel. Il ne s'agit pas ici
de créer du droit opérationnel, le légiste est là pour cela. Il s'agit plutôt de produire
du droit potentiel, disponible pour toute personne qui voudra s'en emparer. Comme
dans le théâtre ou la musique, il convient d'opérer alors, une distinction entre
l'interprétation et la composition.
À quoi tout cela sert-il ? En dehors de retombées théoriques relativement
imprévisibles, le grand apport de la démarche oudropienne est pédagogique. Elle
permet, en effet, une respiration et donne par là même aux étudiants la possibilité de
desserrer quelque peu le carcan positiviste (dont nul ne nie le caractère structurant
mais qui, poussé à l'extrême, conduit à un certain dessèchement de la pensée). Bien
plus, la démarche a montré qu'elle offre des méthodes permettant de sortir d'un
blocage dans une recherche en droit.
Sur un plan plus politique, l'approche oudropienne porte un discours sur la
créativité en droit qui nous paraît pour l'heure monopolisé par certains praticiens
de la discipline imprégnés, plus ou moins consciemment de « pensée » managériale.
Comme si par exemple, l'optimisation fiscale (doux euphémisme pour parler du
contournement de l'impôt et de la solidarité sociale) devait être le modèle de la
créativité juridique.
La méthode oudropienne permet enfin de répondre au thème émergent de la
justice prédictive, celle-là même qui se couvre des oripeaux du modernisme et des
opportunités du Big data pour prédire les chances de succès d'un procès. Nous avons
la faiblesse de préférer le droit potentiel au carcan des algorithmes.