Paris, porte à porte

On pourrait croire, à la lecture de Paris, porte à porte, qu'en 1957 ce que Marx appelait un siècle plus tôt la soumission formelle du travail au capital était encore la forme d'extraction de plus-value et que, par exemple, les divers emplois du narrateur (vendeur de savonnettes, de poivre, de calendriers, de journaux d'aveugles ; figurant d'une agence matrimoniale...) pouvaient échapper à ce mode de production et, pourquoi pas, au salariat.
Il n'en est rien, car, même si elle n'est pas soumise immédiatement aux rapports dominants, la force de travail de notre héros y est assujettie. Sous la soumission réelle du travail au capital, «le véritable agent du procès de travail total n'est plus le travailleur individuel, mais une force de travail se combinant toujours plus socialement» (VI<sup>e</sup> chapitre inédit du Capital).
Bien évidemment, pour Pierre Cautrat, ces considérations ne tenaient pas lieu de raisonnement. La difficulté de survivre dans le Paris d'après guerre le conduisit à tâter de ce qu'on appelle aujourd'hui les petits boulots et à fréquenter les concierges. Cela, ajouté à un sens aigu de la dérision, fait de Paris, porte à porte un récit édifiant, où le secours tant espéré n'apparaît pas aux yeux de sœur Anne qui ne voit au loin que le soleil - et non la route - qui poudroie et l'herbe qui verdoie.