Les voyageurs de l'impériale d'Aragon

Romanesque à l'excès, ce roman éblouit par la profusion des personnages, des «mondes charnels», des paysages : c'est la prodigieuse diversité du réel qu'Aragon veut représenter. Son charme doit beaucoup à «l'esprit d'enfance» qui le gouverne et à sa manière de ressusciter un univers disparu ; mais sa tendresse, son humour et son «allure rêvée» ne font pas oublier qu'Aragon l'acheva à la veille de la guerre de 1939 ; l'ombre des années 30 se projette sur la Belle Epoque.
Une réflexion historique et politique sur l'individualisme sous-tend ici le destin dérisoire et tragique de Pierre Mercadier. Parti pour Venise, il finit à Garches, soumis à une vieille maquerelle dominatrice et folle. Quelles sont donc les règles du jeu ?
Pour Aragon, le roman est le lieu où une pensée de l'histoire est possible. Mais pour la conduire, il faut se dégager de l'actualité : le détour par la mémoire et la toute-puissance de l'imagination sont des «machines» à appréhender la complexité du «monde réel».