Médiévalités enfantines : du passé défini au passé indéfini

Il s'agit de partir du présent pour envisager le passé comme «défini» ou
rendu insaisissable, ce qui complexifie l'espace temporel et le propos des jeunes
médiévalités. Qu'ils soient en rapports étroits et historicisés avec le Moyen Âge,
ou simplement dans des liens lâches, poétiques et métaphorisés avec ce souple
référent, plusieurs types d'objets culturels inondent le marché actuel. L'enfant en
est la cible préférentielle : le plaisir qu'on lui offre (ou plus souvent lui vend)
sera apporté par un livre, une BD ou un jeu de rôle. Les adaptateurs de littérature
médiévale se situent dans une chaîne de transmission qui soumet les chefs-d'oeuvre
classiques à d'autres exigences qualitatives. Rencontres internationales
avec le roi Arthur, Vikings enfin rendus présentables, Graal servant de moule aux
reformulations littéraires, tous les anciens supports revivent, la fantasy contribuant
également à cet essor puisque elle correspond à une sorte de conte merveilleux
que des bouillons de culture médiévale ont aidé à grandir. La figure du chevalier
s'autonomise, le Père Noël envoie des lettres, les albums de BD servent de
compléments naturels. Toutes ces tentatives sont charmantes, mais plus ou moins
intellectuelles. Il faut s'attendre à de constantes métamorphoses, donc aussi au fait
que la plume change de main (car il n'y a pas que le lectorat à se féminiser). Le
néo-médiéval popularise à tout va, livre du rêve, du jeu et du savoir tout ensemble.
Car si récréatives les médiévalités enfantines le sont par destination, éducatives
elles le sont aussi par nature.