La tambour littérature : Günter Grass, romancier

Günter Grass poursuit, depuis plus de cinquante ans, une oeuvre non
conformiste bousculant les classifications. Déterminantes dans le
champ artistique, ses publications comptent aussi dans le débat public.
La plupart d'entre elles suscitent des réactions souvent passionnelles,
obligent à reconsidérer des événements clés trop vite digérés ou normalisés
- à l'instar de la chute du mur de Berlin, des catastrophes écologiques
ou de la domination du tout-économique. L'engagement de
l'écrivain plasticien est réel, intense : il envisage le contenu comme
résistance, la forme comme éveil de l'esprit critique et politique. Pour
ceux qui s'interrogeraient sur ce que peut la littérature - avec un diagnostic
souvent pessimiste à portée de main -, des réponses se trouvent
dans le pouvoir de saisissement, de morsure et de questionnement
qu'exerce l'écriture de Grass, revenant inlassablement sur la peau
tendue de la page et martelant, martelant, pour couvrir les rumeurs
dominantes et l'unisson des voies toutes tracées. On peut bien alors
parler de tambour littérature, vouée à suspecter tout système de pensée
verrouillé. Rare aujourd'hui, anachronique à sa façon, elle privilégie
la circulation vive des formes et des significations pour représenter le
monde comme question, en souligner la complexité, les contradictions
et les tensions.