Les carnets de route de Pierre Irénée Jacob : pharmacien dans la Grande Armée, 1805-1814

Près du fracas des batailles, mais loin de l'héroïsme magnifié, les carnets de
route de Pierre Irénée Jacob retracent minutieusement le parcours d'un pharmacien
militaire, membre du service de santé de la Grande Armée de Napoléon, de 1804 à
1814.
Les précieux feuillets nous sont parvenus en deux carnets. François Stupp rapporte
la chronique de ce «clochard militaire» qui va errer de bataille en bataille au
service des blessés et des malades.
Pierre Irénée Jacob est né à Metz, le 27 juin 1782. Il a servi 10 ans dans la
Grande Armée. Il a parcouru l'Europe de Paris à l'armée des Côtes, de la Prusse à
Madrid, de la Saxe à la Bérézina, de Iéna à Varsovie, à pied bien souvent ou en carriole.
Fait prisonnier deux fois, victime d'une embuscade en Espagne, rescapé miraculeux
de la retraite de Russie «la marche de la misère», il témoigne de la très dure
condition de ces soutiers de l'Empire.
Jacob fait connaissance avec la chirurgie de guerre. Le choc est rude : «En peu
d'instants, j'ai vu ce que la guerre offre de plus horrible : un plancher de chambre de
ferme couvert de sang, les membres amputés qu'on jette derrière la porte comme des
abats d'animaux à la boucherie». Les cris des opérés le bouleversent : «Je ne sais si
sur le champ de bataille, l'animation, le danger, l'entraînement, le bruit des instruments
guerriers peuvent donner à l'homme qui pense, à l'homme doué de quelque sensibilité
les qualités d'un héros, mais il me semble qu'il suffit d'avoir passé par les
ambulances d'armée pour prendre la guerre en horreur».
Pierre Irénée Jacob est un humaniste qui enrichit ses carnets de nombreuses
réflexions sur la littérature, la musique, la botanique au gré de ses séjours et de ses
rencontres.