Murat : une famille de Marie-Galante et son habitation

Parce que leur habitation coloniale présente un decorum unique aux Antilles,
les Murat ont fait l'objet des fantasmes les plus imaginatifs. Il fallait partir
en quête de leur vérité.
Issu d'une famille pauvre de scieurs de longs capbretonnais, Dominique
Murat est le premier à tenter sa chance à Marie-Galante où il exploite d'abord
une petite caféière. Pendant la Révolution il est président de la République
des Douze, qui fit de Marie-Galante l'un des tout premiers territoires à
prononcer l'abolition de l'esclavage, le 19 décembre 1793. Mais ce n'est que
quarante ans après son arrivée sur l'île qu'il achète à crédit l'habitation de
Bellevue avec l'aide de son fils, Dominique Emmanuel Murat.
Lorsqu'au XIX<sup>e</sup> siècle le domaine se trouve en difficulté, la famille, très
unie et très attachée à cette terre, fait tout pour la sauver, en s'accordant
sur un pacte de famille qui place le gendre Alexandre Kayser, républicain et
abolitionniste, comme l'homme fort de l'habitation. Mais en 1870, le petit-fils
témoigne d'un combat inégal contre des ennemis puissants, pleins de
haine et d'envie, montrant du doigt quelques propriétaires marie-galantais
convoitant le domaine, qui le précipiteront vers la ruine.
Les membres de la famille ont quitté progressivement les Antilles entre 1835
et 1870. L'auteur suit jusqu'en Toscane cette famille au destin tragique qui se
rassemble autour de la Villa Gamberaia jusqu'à l'orée du XX<sup>e</sup> siècle, pendant
que l'habitation Murat se fait oublier. Elle disparait presque du paysage
marie-galantais, jusqu'à ce qu'en 1966 ses ruines soient redécouvertes, et
avec elle, un passé pas si lointain, que Philippe Nucho-Troplent s'attache à
faire revivre dans cet ouvrage précis et documenté.