La fête des mères

« Je suis arrivé le lendemain soir au Kalher Hôtel, maman m'attendait dans le bar désert, seule à une table d'angle. Elle fumait, ne m'a pas vu tout de suite, portait le deuil avec la grâce de l'habitude. Son chignon était impeccable, elle était mieux que Grâce Kelly, plus trouble, morcelée, déchirée. Hitchcock, Clouzot, lui auraient donné un rôle d'empoisonneuse, de criminelle. Godard, lui, l'aurait mise nue, et il nous aurait sauvés, nous ses mâles. Plus que le crime, c'était l'amour, la passion qui lui manquaient, à mon avis. Elle avait envie de s'exhiber, ne pouvait pas, sinon déguisée en riche bourgeoise, en veuve. Elle a levé les yeux... Je me suis assis à côté d'elle sur la banquette de cuir rouge, elle a continué de fumer. »
Début des années soixante, La fête des mères nous emmène dans l'histoire de Jacques, le cadet de quatre frères. Sa mère est une femme possessive, dévorante. Face à elle, un père, riche banquier, qui semble impuissant à jouer son rôle. Derrière les apparences d'un monde feutré, d'une famille nantie, Jacques découvre sa vérité et décide qu'il veut vivre, malgré tout . Autobiographie romancée ou pure fiction ? Qu'importe ! Jacques Bauchot signe ici un grand roman des sentiments.