D'où vient la lumière ? : exposition, Arles, Musée Réattu, 31 mars-23 juin 2004

D'où vient la lumière est d'abord le fruit de la rencontre et du dialogue
formel (le formel n'étant en l'occurrence nullement une formalité) entre
un photographe (Bernard Plossu) et un artiste «plasticien» (Patrick
Sainton). Ce dialogue, on peut dire qu'il s'est construit dans le temps
(longue fréquentation par l'un de l'atelier de l'autre, et par l'autre de l'un)
et sur ce projet précis (issu précisément de ce que l'un prenait et apprenait
du regard et des gestes de l'autre), le projet de confronter, page
contre page, dans l'espace d'un livre, deux façons de se rendre aux
choses, d'en témoigner. Sous le coup d'un réel intraitable, simplement,
rageusement, amoureusement : une séquence, une série ou suite
d'Actes (comme disait Ponge) ou de Témoignages (comme disait
Reznikoff). Pour ma part, il se trouve que depuis longtemps je croise et
recroise les liens «poétiques» de la photographie et de l'écriture, du noir
et du blanc des deux, et de la lumière que ça donne (ou que ça fait, ou
que ça rend). Plossu, je connaissais son espace avant de le rencontrer, je
m'y sentais bien, c'est-à-dire en route, en voyage, les yeux inquiets.
Sainton avec lui, depuis longtemps, j'écris des livres, avec lui et pour lui,
dans le même fouillis de cartons et de fils de fer, avec tout ce qui traîne
et tout ce qui reste. Lorsqu'ils m'ont convié à les rejoindre pour cette
aventure à trois, il m'a semblé que je n'avais pas à les rejoindre, j'y étais
déjà, depuis longtemps, là entre chien et loup, dans l'odeur des choses et
de l'encre. J'y respirais l'évidence. Quelques pages plus tard je ne savais
toujours pas d'où vient la lumière.
Jean-Marie Gleize