Carmen : étude d'une catégorie sonore romaine

Carmen : étude d'une catégorie sonore romaine

Carmen : étude d'une catégorie sonore romaine
Éditeur: Belles lettres
2016330 pagesISBN 9782251328942
Format: BrochéLangue : Français

Comment le terme carmen a-t-il pu renvoyer à une catégorie sonore et évoluer

dans les langues romanes vers la notion de «charme» ? Comment expliquer qu'un

terme voisin, cantus , soit à l'origine de la notion de «chant» ? Où se situe la

rupture entre deux mots pourtant issus d'un même verbe : canere ? Notre étude,

qui se veut globale, se propose d'analyser la dimension non seulement acoustique

mais également pragmatique du terme carmen. Nous montrons qu'il ne s'agit pas

seulement d'une catégorie sonore : il renvoie à un acte porteur de contraintes.

Notre premier chapitre aborde les emplois de carmen associé à trois types de

sujets - oiseaux, instruments, cantores - et montre l'existence de deux pôles :

parallèlement à l'emploi du terme, renvoyant à des chants ou à des musiques,

sur le modèle grec du melos , nous analysons un sens indigène qui renvoie à une

sémiologie contraignante, celle des signaux des trompes ou des auspices. Cette

dimension pragmatique oriente la suite de notre analyse : dans les chapitres deux

et trois qui traitent les emplois du terme dans le domaine du droit et de la religion,

nous montrons que le mot carmen , désignant d'abord des incantations, est réemployé

de façon nouvelle au début de l'Empire pour désigner toutes sortes d'actes où la

parole, employée en formule autonome, suscite des effets contraignants : prières,

lois ou serments. Dans un quatrième chapitre, nous analysons l'usage du mot

carmen dans le domaine de la communication des dieux avec les hommes : le

terme renvoie alors au contraintes irrémédiables du fatum. Les usages du mot, à

rapprocher du nom de Carmenta , s'appliquent alors à tous types d'énonciations

divinatoires comme les oracles ou les prédictions. Enfin, dans les deux derniers

chapitres, nous analysons l'introduction de carmen comme terme d'autoréférence

poétique : ce nouvel emploi, introduit par Catulle et Lucrèce pour rendre compte

sous forme de fictions textuelles du sens musical grec d' odè associé à des vers,

va être systématisé sous l'Empire. Le terme permet alors de désigner l'ensemble

des genres poétiques tout en les investissant de sens pragmatiques indigènes :

parole des poètes inspirés ( vates ), il est alors associé à une force pragmatique

mythifiée par les magiciens ou les prophètes, dont la Sibylle, transportée sur le

mont Palatin, constitue le modèle.

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