Du sang dans les nuages

Il y a toujours du sang dans les nuages. Il y a, dans les
personnages de la pièce, le pur et l'impur qui se font la
guerre, une mansuétude si encombrante qu'elle peut
pousser à tuer, il y a au menu du soir l'amour et le poison
mêlés.
Mère possessive à l'excès, Anna est une sacrée petite bonne
femme capable, quand il y a danger en la demeure, de
s'élever au rang d'une héroïne de théâtre afin de protéger
sa progéniture du monde extérieur et cela, surtout
lorsqu'une belle jeune femme blonde, Marjolaine,
s'introduit dans la place forte où elle règne.
L'oeuvre de Varoujan demeure méconnue, prisonnière sans
doute d'une langue lyrique, évocatrice, qui n'est pas sans
rappeler le théâtre de l'Antiquité grecque. Quand ils évoquent le
quotidien, ses personnages en appellent d'emblée au mythe, à
l'éternité. Entre Eschyle et Claudel, le verbe de Varoujan
exhausse les protagonistes au-delà de leur modeste destinée.
Varoujan est à la fois hanté par l'avenir et garant de la mémoire
du passé, il nous offre un théâtre majeur, dans lequel affleure en
incidence l'ironique légèreté propre à faire entendre que la scène
est aussi le lieu du jeu.
Olivier Barrot