Cher Alphonse : lettre d'une écrivaine d'aujourd'hui à Alphonse Daudet

Cher Alphonse...
« Au collège, quel bonheur d'avoir eu un jour Le Petit Chose entre les mains, votre vie sous les traits du héros Daniel Eyssette, jeune garçon désargenté, le seul à porter une blouse. Quand vous étudiiez dans le froid, vos cahiers et vos livres sentant le rance. C'est ça qui m'a le plus marquée, car votre endurance a été la mienne. Je cheminais avec vous de classe en classe et de souffrance en souffrance, de moquerie en moquerie, de désillusion en désillusion. Quel courage et quelle force j'ai puisés dans votre ouvrage culte ! Comment peut-on faire de notre quotidien, si humble soit-il, une source d'inspiration ? C'est du terreau à portée de main. En lisant votre chef-d'oeuvre, mon préféré de tous vos ouvrages, j'ai été étonnée de me retrouver si exactement en vous. Moi aussi, victime de sarcasmes au sujet de mon accoutrement. Maman croyait bien faire en m'affublant de robes au-dessous des genoux, pour affronter le froid glacial des hivers. Que la mode est cruelle, quand ne pas la suivre vous condamne à être montrée avec insistance ! »
Écrivaine amoureuse du terroir et, plus particulièrement, de sa Gascogne natale, Claudette Sérès rend hommage à l'auteur qui l'a beaucoup inspirée et, même, soulagée à certains moments de sa vie. Dans cette lettre au père du Petit Chose et des Lettres de mon moulin, elle lui exprime sa reconnaissance, mais appelle aussi de ses voeux la redécouverte des auteurs du terroir, aujourd'hui diffusés trop localement.