Ordonnance de Villers-Cotterêts sur le fait de justice

Célèbre, l' Ordonnance sur le fait de la justice , dite de
Villers-Cotterêts, n'est pas pour autant connue. Parce
qu'elle proscrit, en deux articles sur 192, l'emploi du latin
dans les actes civils et l'administration du royaume, on
tend à établir une analogie avec l'humanisme. La traduction
en langues «vulgaires» de tout ou parties de la Bible
rendait plus accessibles des Écritures que l'opacité du latin
livrait jusque-là aux interprétations dogmatiques des
autorités catholiques. Elle favorisa par là un accès à une
réflexion personnelle et revêtit une portée critique. Or,
s'agissant de cette Ordonnance dont le contenu est principalement
juridique, l'accès du commun aux arcanes et aux
mystères du droit monarchique n'est pas l'enjeu. La langue
française qui supplante le latin, non dans la messe, mais
dans les procédures des juristes et dans les actes des
notaires et tabellions, cette langue n'est pas plus comprise
de la majorité des Français de Champagne, normands,
picards, poitevins ou occitans - ni de la culture des classes
populaires. Un ordre administratif en croissance exponentielle
opte pour une langue spécifique, qui lui est propre,
qui s'est déjà fortement enracinée dans sa pratique, contre
laquelle un latin mal et trop peu enseigné ne peut plus
rivaliser ; et ce langage, bien peu le parlent en effet. La
démarche favorise la soumission des justices ecclésiastiques
au pouvoir royal. Évolution inscrite parmi d'autres dans
un effort de législation qui se veut omnipotente, et répressive
contre les protestants, les resquilleurs et les ouvriers
en grève, quant à eux interdits d'association. Voici le texte
intégral de cette Ordonnance fameuse, que l'on ne saurait
invoquer sans en méditer le langage particulier.