La famille et Dieu dans l'oeuvre romanesque et théâtrale de Jean Giraudoux

La famille, même modifiée, recomposée ou éclatée, demeure
une institution intangible voire dans certains cas une norme revendiquée
par des minorités sexuelles. Comme si restait vrai, en dépit
des postures libertines puis libertaires, le principe selon lequel : «il
n'est pas bon que l'homme soit seul.» (Gen. II, 16).
Ce recours multiséculaire à la famille ne peut-il donc être
dépassé ?
Giraudoux, que l'on n'attendait pas sur ce terrain, fait de cette
interrogation le centre de son oeuvre. Ciment de toute une culture,
la famille investit naturellement sa fiction littéraire. Il se charge
bientôt d'en faire l'indice d'une qualité de vie en société. Le constat
qu'il dresse, avec toutes les nuances, et qui est toujours vérifiable,
est désastreux : la famille est bien la référence commune que l'on
conforte en la divinisant, en la sacralisant, avant de la récuser dans
les faits en la détournant de ses promesses de fidélité, d'amour et de
bonheur.
En rester là serait une facilité propice aux idéologies radicales,
un «famille, je vous hais» gidien, doublé d'une refonte sartrienne
de l'individu en actes à poser (- demain, toujours demain).
Giraudoux préfère reconsidérer la famille dans ce qui, à ses
yeux, transforme le plus la vie : la littérature. Le langage qui lui est
propre correspond aux attentes de ceux qui espèrent une heureuse
évasion. Les mots ont ce pouvoir d'inaugurer, lorsqu'ils sont saisis
par l'imaginaire, une autre destinée... La poétique engendre alors
une éthique pour le lecteur qui n'est pas moins homme dès lors
qu'il se sent personnage d'une aventure hors de soi.
Séduit par une liberté insoupçonnée, affranchi des impératifs
sociaux et sans métaphysique aucune, il est prêt, célibataire ou pas,
à une empathie féconde en parentés consenties.