En chemin vers Compostelle

C'est un photographe laboureur, Léonnard. Il trace son sillon
dans ces chemins pèlerins qui le bornent et le fascinent, se
hâtant lentement, sac au dos, Leica au cou, l'oeil aux aguets,
l'âme sur le qui-vive. Ce glaneur est un insoumis qui refuse le conformisme
et la facilité comme il refusa d'enfiler des chaussures pour
accomplir son troisième Tro Breiz, pieds nus.
La pérégrination et l'acte photographique se nouent chez lui en une
seule quête de vie. Pourquoi partirait-on du Mont-Saint-Michel vers
Jérusalem en passant par Saint-Jacques, sans un sou en poche, si l'on
n'avait pas soif de lumière ? Ce disciple de Rimbaud et de Xavier Grall
sait la capter, bleu acier dans l'aube brumeuse des prés au réveil, ou
chaude comme une caresse dans le contre-jour d'un sentier ou l'éclat
d'un visage fraternel. C'est pourquoi ses lumières, éprouvées par les
pas, peuvent conduire à la Lumière.
Luc Adrian