Le miel de l'aube : une enfance en Bourgogne sous l'Occupation

Née dans une école, enracinée dans une autre jusqu'à dix-huit
ans... C'est sous le signe de l'École, comme sous un
nouveau signe du Zodiaque, que se déroule la jeunesse
de Lucette Desvignes : impossible d'y échapper quand
vos parents y enseignent... Sa mémoire enregistre avec
boulimie les éléments de ce quotidien austère. Mais quand
la guerre éclate, à l'enfance préservée succède l'adolescence,
en profondeur et à jamais marquée par l'Histoire
qui vient à elle. L'école de son père réquisitionnée à chacun
des remous militaires (mobilisés, envahisseurs, prisonniers,
occupants, F.F.I.), elle perçoit à domicile les pulsations
directes des événements qui se déroulent hors ses murs, le
contact avec la tragédie, l'angoisse, l'horreur, bien au-delà
des privations et de l'enfermement.
Dans cette autobiographie, Lucette Desvignes
s'attache à retrouver «la clarté plutôt que les
ombres, la tendresse plutôt que la barbarie.
Oui, miel de l'aube.»
L'Occupation nous enferma dans l'école, mais nous ne pûmes
nous y réinstaller tout de suite. Même les valises n'eurent pas
droit de citer dans le vestibule, et d'autre part ma mère ne
voulait pas les abandonner. «Qui sait ce que nous retrouverions
?» disait-elle. En nous tordant le cou, les uns et les
autres, depuis le palier d'où nous n'avions pu accéder plus
haut, nous repérions des meubles toujours en place, la
pendule de la salle à manger toujours accrochée au mur,
les grands voilages agités par le courant d'air, les poissons
rouges dans leur aquarium. Le coup d'oeil n'était pas exhaustif,
par malheur, et les pires suppositions se formulaient.