El Hadj Omar : la grande épopée des Toucouleurs

Le mérite réel de Gérard Chenet aura été d'avoir étudié les
contours historiques et matériels de son personnage et de nous
l'avoir présenté avec ses côtés d'ombre et de lumière, la sanie de
la faute au flanc déchiré du porteur de flambeau. L'ascèse et les
remous charnels cohabitent autant que le coeur, les tripes et une
volonté de fer dans la cage où s'élabore la digestion mais où se
pense l'avenir culturel et matériel d'un peuple écrasé.
Ce que j'aime le plus dans cette oeuvre remarquable qui
représente plus de cinq ans de recherche et de travail obstiné, la
technique dramatique et l'écriture à peine fleurie mises de côté,
c'est le souci de respecter l'humain chez El Hadj Omar, de le
garder à hauteur d'homme avec ses crêtes de grandeur et ses
vallées viscérales de faiblesse, de doute et d'inquiétude, dans les
seules limites du périssable, hors desquelles s'échafaudent si
facilement les légendes et se créent les malentendus.
Jean F. Brièrre