La syllogistique d'Aristote : dans la perspective de la logique formelle moderne

Les Premiers Analytiques sont pour
Lukasiewicz un livre de logique et non
de philosophie. Il dit même que cet
ouvrage de pure logique ne contient
aucune «contamination philosophique».
Mais cela ne veut pas dire qu'il n'a rien
à apprendre aux philosophes et aux
métaphysiciens sur les formalismes et sur les modalités. Comme le dit
Lukasiewicz : «Il reste encore des philosophes en activité auxquels il ne serait
peut-être pas impossible de suggérer qu'ils devraient acquérir une bonne
connaissance de la logique dite mathématique avant de traiter de la logique et de
son histoire ; ils éviteraient ainsi de perdre leur temps, leurs lecteurs de même,
ce qui n'est peut-être pas dénué d'importance pratique». Lukasiewicz est l'un
des philosophes de l'École de Lvov-Varsovie, courant philosophique majeur du
XX<sup>e</sup> siècle. Son premier livre portait sur le principe de contradiction chez
Aristote. Il en montrait l'importance, mais aussi la fragilité logique. Son dernier
livre, consacré à la syllogistique, une partie de la logique, porte de nouveau sur
Aristote. Pour peu qu'elle n'ignore pas Frege, les matrices logiques de Peirce,
les Principia Mathematica de Russell et Whitehead ainsi que les apports
considérables des logiciens polonais, comme Lesniewski, Slupecki,
et Lukasiewicz lui-même, l'histoire de la logique, et en l'occurrence l'étude
des Premiers Analytiques , constitue une voie d'accès privilégiée pour
comprendre ce que sont les formalismes. Toute la deuxième partie du livre
est une exploration de la syllogistique modale. Elle participe à la renaissance
de la logique modale au XX<sup>e</sup> siècle, et anticipe les travaux des métaphysiciens
analytiques actuels.