Emmanuel Levinas : la question du livre

L'interrogation sur le livre n'a cessé de nourrir la
philosophie d'Emmanuel Levinas. L'absence de cette
question dans la tradition philosophique en marque
les limites, tout en intimant d'en accroître le territoire.
Un préalable critique s'impose : d'abord rompre avec
une définition matérielle, instrumentale du livre,
«chose parmi les choses», être-sous-la-main, ustensile
de la transmission ou de la communication. Poser la
question du livre n'exige-t-il pas aussi d'aller au-delà
de la définition aristotélicienne de l'homme, animal
doué de langage ? Il faut encore interroger le rapport
religieux au livre. En tant qu'animal doué de langage,
l'homme en proie à l'inspiration n'est-il pas animal
prophétique ? Comment rendre compte du Livre
des livres, la Bible ? Au-delà de ce questionnement,
Emmanuel Levinas fait place à une phénoménologie
du livre tel que ce dernier apparaît dans ce qui a pour
nom littérature. Doit-on mettre cet objet, qui est plus
qu'un objet, du côté de l'ontologie, au point d'envisager
une ontologie du livre, ou bien le livre tend-il à interrompre
le cours de l'être ?