Les Pensées de Pascal : d'un projet apologétique à un texte poétique

Chef-d'oeuvre de la littérature française, indépendamment de leur vocation
initiale, les Pensées sont en perpétuelle oscillation entre la fermeture et
l'ouverture. La fermeture est inhérente au projet apologétique, et l'ouverture
est la condition sine qua non à toute oeuvre d'art. Passer de l'un à l'autre est à
première vue incompatible, et cela ne s'est pas fait sans polémique dans le cas
de Pascal. S'il est vrai que Pascal se sert de l'ouverture, il n'en demeure pas
moins qu'il place cette dernière au service de l'apologie, qu'il en fait une pseudo -ouverture
: d'ailleurs, il y a fort à parier que Pascal n'aurait pas apprécié le destin
littéraire des Pensées.
Assujetties à leur auteur, les Pensées parviennent aussi à acquérir une vie
autonome : les images génèrent tout un univers, nous donnent accès à
l'imaginaire de Pascal, et l'inachèvement - si décrié au XVII<sup>e</sup> siècle - devient le
grand vecteur de l'ouverture : il n'existe plus dès lors une seule lecture mais bien
des lectures des Pensées , et les blancs, les secousses, le style fragmentaire agissent
comme de véritables électrochocs, réclamant l'intervention de la faculté
artistique par excellence que représente l'imagination.
Lieu de rencontre des paradoxes, les Pensées deviennent le prototype de toute
oeuvre d'art, elles qui sont devenues aujourd'hui un texte qu'aucun esprit
cultivé ne peut ignorer.