Les anges aussi : contes

Ces contes ont été écrits dans un état d'élation, un état troisième.
Il y a l'état premier, le normal, celui de l'homme normal, c'est-à-dire que je ne sais pas ce que ça signifie. Il y a l'état second, celui de l'ouverture, de l'«inspiration», celui que la plupart des écrivains connaissent lorsqu'ils couchent leur sueur, leurs larmes, leur mouillure sexuelle sur le papier - là est le désir. Puis il y a le troisième, où l'on n'est plus soi, où c'est un autre coeur, un autre esprit qui guide la main. Là, l'auteur s'est absenté, il se promène dans les champs de blés qui craquent en pliant sous les vents de chaleur. Il y a seulement l'annonce d'un crépuscule de juin, long comme la main d'un tricheur, quand vient le moins chaud et qu'on se réveille dans une caresse de première brise. Il n'y a pas de volonté, pas de présence. Sur le bureau où il n'est pas, l'écrivant entre dans la dissolution du moi et le vide qui tient place, alors, recueille le fruit du Graal. Il n'y a pas d'autre écriture, rien d'autre sous le soleil, que l'alcool, sous l'annonce du soir et de la nuit.