L'autopsie judiciaire : histoire d'une pratique ordinaire au XIXe siècle

L'autopsie judiciaire
Histoire d'une pratique ordinaire au XIX<sup>e</sup> siècle
Au XIX<sup>e</sup> siècle, la médecine légale se constitue comme une science à part entière ayant enfin
les honneurs de l'enseignement universitaire. Elle bénéficie en outre de la lumière que
quelques affaires criminelles médiatiques braquent sur certaines de ses figures de proue.
Cependant, il existe également une médecine légale de l'ombre, exercée par des médecins
experts « ordinaires ». Le présent ouvrage, fruit d'un travail de thèse remanié et condensé,
s'attache à apporter un éclairage sur la pratique ordinaire de l'expertise judiciaire, à travers
l'un de ses actes phares, l'autopsie.
Requis par des représentants de la justice qui ont tout loisir de faire appel à n'importe quel
professionnel de l'art de guérir, les experts médicaux, parfois peu au fait des savoirs et protocoles opératoires propres à l'exercice cadavérique médico-légal, doivent satisfaire les attentes
et les interrogations judiciaires sur les causes du décès. Pour se faire, ils doivent réaliser leur
examen dans des conditions matérielles plus ou moins conformes aux critères établis par la littérature spécialisée. Situation qui exige que les médecins fassent souvent preuve d'une capacité
d'adaptation et d'improvisation. Rarement fuie par des médecins qui la considèrent comme
une autre facette de leur mission de secours envers la communauté, l'expertise cadavérique
n'est pourtant pas dénuée de conséquences néfastes pour son praticien, au plan professionnel,
économique, sanitaire ou émotionnel.
Au sein des activités cadavériques, l'autopsie médico-légale jouit d'un statut particulier
conféré par le contexte judiciaire dans lequel elle se déroule. Réglementations, interdits et
réticences populaires qui rythment, limitent et s'opposent aux dissections, embaumements et
autres examens anatomopathologiques, sont levés face à l'expertise cadavérique. Source de
libertés dans sa pratique, le cadre judiciaire de l'examen post mortem est, à l'inverse, à l'origine de contraintes rédactionnelles dans le processus de sa narration. Quant aux protocoles
opératoires mis en place par les princes de la médecine légale, s'ils favorisent la préservation
de l'intégrité de la dépouille mortelle, leur raison d'être répond avant tout à des impératifs
scientifiques et aux exigences de la procédure judiciaire.