Cosmopolitiques, n° 13. Peut-on faire l'économie de l'environnement ?

Quatre siècles de capitalisme ont conduit la planète vers sa
plus grave crise environnementale : pour vivre comme un
habitant des pays «riches» membres de l'OCDE, qui
symbolisent la réussite économique, il faudrait quatre Terres.
Notre mode de vie «occidental» n'est donc pas
généralisable. Or c'est bien lui qui attire les deux milliards de
Chinois et d'Indiens en train de rejoindre le marché mondial
du travail et de la consommation.
Pour sortir de cette impasse, il nous faudra négocier notre
mode de vie. Cette négociation se fera à l'échelle nationale,
selon des compromis propres à chaque société. L'enjeu de
l'emploi et la capacité des mouvements sociaux et
environnementalistes à élaborer des solutions communes y
seront déterminants. Mais la négociation se jouera également
au niveau international, où il faudra bien trouver les voies de
la construction d'un consensus qui répartisse équitablement
les efforts à fournir entre tous les pays.
Ce numéro nous conduit sur les chemins des compromis
démocratiques, des expériences locales aux négociations
internationales sur le changement climatique. Ces voies se
situent quelque part entre une décroissance qui reste encore
largement incantatoire en termes de changement de société
et de modèle d'organisation sociale et le simple pari que
l'économie capitaliste de marché digérera la nouvelle
contrainte environnementale et la transformera en une
nouvelle source de valorisation du capital. Il s'agit bien
d'inventer les politiques radicales qui ne perdent pas de vue
les impératifs globaux, tout en s'attachant à trouver les
compromis sociaux qui façonneront les évolutions pacifiques
vers un nouveau mode de vivre ensemble.