L'invention de la société : nominalisme politique et sciences sociales au XVIIIe siècle

L'invention de la société : nominalisme politique et sciences sociales au XVIIIe siècle

L'invention de la société : nominalisme politique et sciences sociales au XVIIIe siècle
Éditeur: EHESS
2004308 pagesISBN 9782713218187
Format: BrochéLangue : Français

Parler d'«invention» de la société peut surprendre, du moins d'un

point de vue de sens commun. Pourtant la société est bien une

création socio-historique, esquissée au XVII<sup>e</sup> siècle et couronnée au

XVIII<sup>e</sup> siècle. Elle fait partie de ces entités qui adviennent à l'existence

à travers les concepts utilisés pour les désigner. Le terme désigne un

regroupement déterminé par la volonté humaine, qui ne peut se

transformer en corps politique que par un contrat social dans lequel les

sociétaires s'engagent de leur plein gré.

La matrice intellectuelle de cette invention est une métaphysique

nominaliste qui s'impose, à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, dans les discours et

les pratiques politiques. Déniant toute réalité aux «abstraits réalisés»,

cette métaphysique accorde une primauté systématique aux individus.

Aussi la société inventée est-elle «une société des individus» : ceux-ci

deviennent les termes premiers d'une association qui leur garantit

l'indépendance tout en étendant leur liberté dans une certaine forme

de dépendance réciproque.

Un autre volet de cette invention est l'idée d'une science du social.

Mais la science projetée ne se restreint pas à une investigation d'ordre

intellectuel. Elle doit contribuer à instaurer et à réglementer les

institutions citoyennes. Elle doit être une science appliquée, à vocation

«correctrice» et régénératrice. L'idée d'une telle science est

étroitement liée à l'émergence de l'idéologie : c'est à elle qu'il

appartient dorénavant de fonder en raison les institutions et les

significations du monde social.

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