Féli, vétérinaire

J'ai beau essayer de ne pas regarder ma montre, il n'y a
aucun doute : cela fait près d'une heure qu'elle dort et elle n'est
pas encore sortie du stade III de l'anesthésie. Bien sûr, sa respiration
est ample, le réflexe oculaire bon. Mais quand même !
Je voudrais bien qu'elle se réveille ! Trois fois déjà, j'ai soulevé
le chiffon humide qui recouvre sa tête pour la protéger de la
chaleur et de la déshydratation. Trois fois, aussi, j'ai caressé le
coin de son oeil et suivi le tracé du long trait noir qui se faufile
jusqu'au coin de son museau... ce larmier de gros chat, un
guépard ! Décidément, c'est un drôle de minet triste que je dois
veiller en attendant le retour d'Alban le vétérinaire, qui «juré,
promis» m'a expliqué qu'il y n'aurait aucun problème pendant
son absence...
Je suis arrivée hier au pays des Massaïs, encore émerveillée
de commencer ce stage dès ma sortie de l'Ecole vétérinaire de
Maisons-Alfort, tout juste diplômée et pleine d'ambition pour
aider à la sauvegarde de tous ces animaux menacés de disparition
du fait de notre insouciance. Me voilà au Kenya, j'ai retrouvé
mon enfance, tout au moins ce qui restait de mes rêves.