Satire. Les satires

Plus me plaît dans ma demeure une rave,
que je cuis, et cuite enfile sur une broche,
épluche, et arrose de vinaigre et verjus,
qu'à la table d'autrui grive, perdrix ou porc
sauvage ; et sous une vulgaire couverture,
je me couche aussi bien que sous la soie ou l'or.
Et plus me plaît de reposer mes membres
paresseux, que de les vanter d'être allés chez
les Scythes, Indiens, Éthiopiens et au-delà.
Les appétits des hommes sont variés :
aux uns plaît la tonsure et à d'autres l'épée,
patrie aux uns, et lointains rivages à d'autres.
[...]
J'ai visité Toscane, Lombardie, Romagne,
le mont qui partage et celui qui l'Italie
enserre, et l'une et l'autre des mers qui la baignent.
Cela me suffit ; quant au reste de la terre,
sans jamais payer d'hôte, je l'explorerai
avec Ptolémée, qu'il soit en paix ou en guerre ;
Et la mer entière, sans former des voeux dès
qu'il fait des éclairs, en sûreté sur des cartes
j'irai parcourant, plutôt que sur des navires.