Iljeon

Danny sourit, il se voit en observant les yeux profondément verts
de Monique ; il rayonne, ça ne se dit pas, du moins ne dit-on pas, de
soi, quand on est un futur père et qu'on s'aperçoit dans les yeux d'une
femme : «il rayonne» - mais cette image ensoleillée de lui-même le
transporte en Espagne, il en oublie le froid, la mer du Nord et les
embruns mêlés de gaufres chaudes et de bigorneaux bouillis.
L'Espagne ! Coraçon ! Concepcion ! Il rayonne !
Qui est-il, se demande Danny en empruntant la pensée d'un passant
qui l'observe et dont il espère qu'il se pose la question à son sujet.
Qui est Je ? Il, Je, On... En Espagnol : Iljeon - Il Rayon ! Et voilà mon
prénom qu'il invente dans un mensonge, quand ça lui échappe et qu'il
le dit quand même, perdu dans les yeux de Monique.
Iljeon se présente volontiers comme l'assassin du
chanteur Arno. Evadé de prison presque par hasard
par Samu-Elle, ex-militaire et fille d'un marseillais
mythomane, Iljeon aimerait récupérer sa maison,
que sa mère occupe depuis sa condamnation.
L'échec de sa première tentative l'amène à se penser
comme une «insulte historique».
Ce premier roman est un météorite qui brûle de ses rayons ardents
d'une Espagne imaginaire. (...) Ce «livre de ma mère» revisité, sur et avec
elle, omniprésente, charnue et tentatrice comme dans une chanson d'Arno,
est un vrai bijou précieux de fête foraine (...)
On est pris pendant 160 pages dans une alchimie qui frappe là où il
faut, toujours de manière surprenante, dans cette tendresse malhabile,
dans ces amours qui ont du mal à se dire autrement que par les rapprochements
bestiaux des corps qui suintent. (...) Bruno Wajskop sait
mettre cette noirceur en scène avec pudeur et légèreté si bien que dans
son univers parallèle rien ne touche le piteux, le pathos ni la facilité.
F. Vignale - e-terviews.net