Zabouré Zane : femmes postmodernes d'Iran en 150 poèmes, 1963-2013

Zabouré Zane
Femmes postmodernes d'Iran
Le shah est parti, mais les souris ne dansent pas encore, elles chantent de drôles de psaumes ( zabour , en persan) :
prends dans tes bras ton unique bébé souris
secoue-moi de la malédiction d4être une femme ( Elhâm Mizbân )
Une photo de ma pomme : on dirait bébé !
souris dix ans, un bout de fromage piqué !
se terrant sous le freezer, toi, taiseux et froid
et pas un cri d'effroi quand gelée dans tes bras. ( Munâ Zendehdel )
Chut ! patience me dit-on
Prends garde à ta réputation
Vrai que je voudrais être sourde
Plutôt que d'entendre le monde ( Farnâz Banishafi' )
Viens je suis ton semblable
esprit possédé par le petit Satan ( Sepideh Jodeyri )
Mizbân, Zendehdel, Banishafi', Jodeyri... et les autres, la plupart trentenaires, sont traduites pour la première fois.
Ces femmes ( zane , en persan) revendiquent bien difficilement - entre leurs sites retirés de la toile et leurs livres de la vente - une « postmôdernité ». Il ne s'agit pas seulement d'une école littéraire. À leurs yeux, l'islam radical est essentiellement moderne, et elles veulent le dépasser.
Anthropologue qui a fait de la poésie son terrain, Iraj Valipour nous propose une enquête au coeur de ce mouvement. Il la mène avec brio et empathie, érudition et fantaisie, se faisant à son tour auteur postmoderne, et inventant pour l'occasion, entre essai et roman, un genre qui pourrait s'appeler « romanthologie ».