Laïcisme et dialogue

La tâche urgente de notre époque est de remonter aux fondements du laïcisme.
Le débat qui eut lieu en janvier 2004 entre Habermas et Ratzinger, publié
dans la revue Esprit , met en évidence le caractère central du problème
d'un auto-fondement de l'État démocratique dans le cadre d'une pensée
laïque. C'est dans un tel contexte que les réflexions de Guido Calogero
s'avèrent déterminantes. Élève de Croce et de Gentile, il se nourrit du
néo-hégélianisme italien et épouse son exigence d'une pensée parfaitement
immanentiste. Il va plus loin encore et déplace le terrain de la réflexion
philosophique : la gnoséologie ne peut que conduire la pensée à retomber
dans ces formes métaphysiques qu'il s'agit de dépasser. C'est la volonté qui
constitue le véritable principe premier, auto-fondateur. Volonté qui échappe
à l'irrationalisme comme à l'intellectualisme si l'on retrouve à sa racine le
choix fondamental entre l'égoïsme et l'altruisme, choix omniprésent qui se
formule à travers l'impératif du dialogue, le devoir de comprendre l'autre :
« Ou bien je veux comprendre les autres, ou bien je veux rester seul avec moi-même ».
Ce principe du dialogue est le seul principe indiscutable. Une forme de
rationalité pratique post-métaphysique redevient pensable. Et c'est dans ce
principe du dialogue que résident les fondements de la démocratie. Calogero
tient ce pari de donner un fondement autonome à la démocratie sans pour
autant arguer de son caractère purement procédural, puisqu'il nous renvoie
à l'intériorité propre à tout sujet. Les droits inaliénables peuvent trouver un
fondement non-métaphysique et surtout cette règle du dialogue permet de
penser une cohabitation des idées et des cultures qui ne soit pas seulement
neutralité bienveillante de la part des institutions, mais participation active
des citoyens.